En Turquie, les Chrétiens irakiens sont oubliés
27 Novembre 2008
« Si les gouvernements occidentaux ne réagissent pas à cette crise, les conséquences seront catastrophiques ». François Yakan, vicaire patriarcal de l'Eglise chaldéenne (*) de Turquie ne mâche pas ses mots. Sans relâche, il tire la sonnette d'alarme auprès de la communauté internationale. Il se rend régulièrement à l'étranger, rencontrant hommes politiques et responsables d'églises avec ce même message : « Les gens ne sont pas au courant de la détresse des chrétiens irakiens. Ils n'ont ni gouvernement, ni armée, ni pouvoir. Nous assistons à la fin du christianisme en Irak, pourquoi ne s'en rendent-ils pas compte ? »
Début novembre, il s'est rendu en France, en Roumanie et en Allemagne. De retour chez lui, il est constamment sur les routes de Turquie et rend visite à des réfugiés chrétiens éparpillés dans toute la Turquie. Chaque année, François Yakan voit passer par Istanbul des milliers de réfugiés. La plupart d'entre eux sont chrétiens, et il connaît 60 à 70 personnes qui ont fui Mossoul suite aux vagues de violences d'octobre dernier.
La Turquie accueille 6 000 réfugiés irakiens sur son sol. Beaucoup sont des chrétiens. Tous rencontrent de grandes difficultés, quelle que soit leur religion, mais les chrétiens sont les plus mal lotis car ils reçoivent moins de soutien que les autres réfugiés. « Le gouvernement s'intéresse aux immigrés musulmans, mais personne ne s'intéresse à nous » explique François Yakan.
Pour survivre, la plupart des chrétiens irakiens comptent sur l'argent que leur envoie la famille installée dans un pays étranger ou encore sur les quelques églises locales qui offrent une aide humanitaire mais qui ne peuvent pas faire face au nombre toujours croissant de réfugiés. Mais les réfugiés chrétiens sont très souvent relégués dans une ville périphérique, où ils n'ont ni églises, ni communauté, ni ONG pour les aider, dans un pays à 99% musulman.
« Nous avons trouvé une famille qui vivait dans la rue, un père, une mère et deux enfants » déplore François Yakan « cela faisait six mois qu'ils étaient à Istanbul et ils ne pouvaient même pas se permettre de payer un loyer. »
Depuis la deuxième guerre du Golfe en 1991 (guerre du Koweït), on assiste à un exode constant des chrétiens d'Irak. En Irak, l'Eglise est présente depuis le tout début de la chrétienté, mais le nombre de chrétiens a diminué de 50% en 20 ans. C'est en 2003, après l'arrivée de la coalition menée par les Etats-Unis, qu'ils ont été les plus nombreux à quitter l'Irak.
(*)L'Eglise chaldéenne est la branche catholique de l'Eglise d'Orienthttp://www.portesouvertes.fr/communique-presse/presse-081021-refugies-chretiens-en-irak.php