Y a-t-il encore un avenir pour les coptes en Egypte?
Les Coptes sont des vrais Egyptiens et sont identifiés
à l’Egypte puisqu’ils la portent dans leur nom. « Copte » provient du
mot grec « Aiguptoi ». Les Coptes s’honorent d’être les authentiques
descendants de la nation pharaonique et les dépositaires de sa culture
. En effet, entre la culture copte et celle de l’ancienne Egypte, il y
a des liens qui dépassent le seul lien ethnique. Après des millénaires
de présence sur la terre de leurs ancêtres, les coptes sont aujourd’hui
dans une situation nouvelle, plus cruelle que les massacres et
humiliations endurés au fil des temps : celle d’une extinction
programmée. C’est une certitude. Les coptes, qui constituent encore la
plus importante minorité chrétienne au Proche-Orient sont, de fragiles,
devenus extrêmement vulnérables. Leur destin bascule sans que nul ne
paraisse en mesure ou n’ait le désir d’empêcher l’accomplissement d’une
tragédie. Ce qui se passe actuellement dans l’Egypte du 21e siècle nous
rappelle la triste situation des chrétiens lors de la conquête arabe en
642 ou à l’époque du Moyen-Âge.
Mais c’est au gouvernement des Mamelouks que revient le triste
privilège d’avoir porté les coups les plus durs à la Chrétienté
d’Égypte : destructions, incendies, pillages de monastères et
d’églises, massacres aux cours d’émeutes suscitées par des
provocateurs, interdiction de monter à cheval, d’occuper un emploi
administratif, obligation de porter des turbans bleus et des sonnettes
pendues au cou avant d’entrer au bain... " Cette période, qui s’étend
de 1250 à 1517, verra s’achever la ruine des Chrétiens au point que la
proportion actuelle sera dès lors atteinte, et disparaître la langue
copte ". " On peut estimer qu’au début du 21e siècle, les Chrétiens
forment entre 12 et 15 millions de la population totale de Égypte
estimée 80 millions".
Depuis février 2004 des événements graves se produisent fréquemment en
Égypte. Depuis les années 70, des exactions, des agressions et des
assassinats se commettent contre les Coptes sans que le régime se
préoccupe de la situation. Des villes et des villages(El Zaoya El
Hamra, El Khanka, Alexandrie , Le Caire, Guizèh, Samalout, Assiut,
Minyeh, Abou Qorqas, Chebin El Côme, Al Fayoum, El Kocheh ville de 40
mille habitants dont 35000 coptes, a connu le massacre de 21 coptes
alors qu‘aucune condamnation n‘a eu lieu et les assassins sont connus
et vivent librement, Guergua, Quina, Ain Chams, Imbaba, Dayrout,Tahta
etc...) ont connu des agressions très graves : Des églises ont été
saccagées et incendiées, des magasins, des pharmacies, et des
entreprises appartenant à des coptes ont été saccagés et pillés par des
foules de musulmans intégristes, respirant la haine et la violence
contre des citoyens paisibles, auxquels on reproche seulement d’être
chrétiens.
Depuis le 14 octobre, il n y a pas eu un jour qui passe sans que des
agressions se produisent contre les coptes. D’autres
villes :Alexandrie, Oudayssate, Akhmim, Malaoui, Luxor , El Ayat, au
sud du Caire, Les coptes ont été agressés, il y a eu plusieurs morts et
des centaines de blessés, des maisons et autres biens ont été
incendiés. Les coptes sont restés enfermés dans leurs maisons par peur
des foules fanatiques qui ont encerclé les villages . La police souvent
complice , au lieu d’intervenir pour aider les faibles, c’est tout le
contraire qui se produit. Souvent la police arrête les victimes et
relâche les agresseurs. C’est encore à Alexandrie le 14 avril 2006 qui
ont eu lieu de graves agressions. C’est pour cela que Les associations
coptes dénoncent avec force et indignation les attaques féroces
répétées contre les coptes d’Égypte depuis plusieurs années. Les
derniers massacres dont ils ont étaient victimes, se sont déroulés
vendredi 14 Avril 2006, pendant la prière, dans plusieurs églises
d’Alexandrie.
Plusieurs groupements d’intégristes musulmans, portant des épées et des
grands couteaux de boucher, ont agressé la population copte pendant les
cérémonies religieuses et à la sortie des églises, dans des quartiers
différents : l’église saint Pierre saint Marc de Sidi Bichr ; l’église
saint Georges, Mar Guirguis d’Al Hadharaa, l’église saint Georges Mar
Guirguis de Sporting ; l’église de la Vierge de Généqueliss.
Ces massacres prémédités ont causé la mort d’un citoyen copte, NOSHY
ATALLA GUIRGIS, qui faisait sa prière dans l’église à Sidi Bichr, et
blessé une vingtaine d’autres dont certains se trouvent encore dans une
situation critique.
Les coptes furent victimes d’attaques intégristes le lendemain, samedi
15 - 04 - 06, pendant les funérailles du défunt Noshy Atalla Guirgis,
où des milliers de coptes courageux, se sont rassemblés pour enterrer
leur mort et crier leur indignation, défiant les menaces des islamistes
et des forces de l’ordre, complices des intégristes. Ils ont marché
pendant plusieurs kilomètres sans crainte ni peur de la mort, pour
défendre leur dignité. Ils ont brandit tout au long des funérailles des
Croix en bois, et ont porté des pancartes dénonçant leur traitement de
citoyens de seconde zone, leur discrimination à tous niveaux de leur
vie politique, économique, administrative et sociale.
Le président Moubarak s’est exprimé après les
événements d’Alexandrie pour rassurer les coptes. « Personne ne peut
porter atteinte à l’union entre les musulmans et les chrétiens » a-t-il
assuré, promettant de punir « les coupables avec la force de la loi et
avec fermeté ». Aucune condamnation n’est prononcé, il paraît que les
attaques ont été commises par des fous ??? Des fous qui savaient ce
qu’ils faisaient, car ils n’ont choisi que des églises à attaquer et
des coptes à massacrer, drôle de folie !!! Des jeunes filles
chrétiennes sont enlevées et forcées à se convertir à l’islam. On
estime leur nombre à plusieurs centaines. Les parents, les Associations
des Droit de l’Homme, mouvements civils, des écrivains libéraux ont
adressé des appels aux Présidents de la République au Ministre de
l’Intérieur, aux Autorités religieuses du pays, qui sont restés sans
réponses. La police souvent complice , curieusement, au lieu
d’intervenir pour aider les faibles, c’est tout le contraire qui se
produise. Souvent la police arrête les victimes et relâche les
agresseurs. Dans cette situation difficile, les Coptes gardent une
attitude admirable, de maîtrise d’eux-mêmes, ils ne réclament pas
vengeance ; au contraire, ils veulent être traités avec justice et
vivrent comme des véritables citoyens égaux avec leurs compatriotes
musulmans en droit et en devoir. Ils ne veulent pas se laisser piéger
par la provocation des intégristes , leurs agresseurs, ils refusent de
vivre le drame nationale du Liban de guerre civile qui a duré quinze
ans. Ils proclament leur volonté de rappeler que La Constitution de La
République d’Égypte leur accorde les mêmes droits qu’à leurs
concitoyens musulmans. Depuis le 28 mai 2008 les agressions et les
violences ont repris de plus belle contre les Coptes :
Assassinat
de 4 bijoutiers coptes à Zaytoun par deux personnes cagoulées le 28 mai
2008 à 12 h. L’enquête policière, comme d’habitude n’a pas donné de
résultats
l’attaque
d’une autre bijouterie à Alexandrie le jour suivant, par une femme avec
une arme blanche obligeant le propriétaire à lui remettre le contenu de
la caisse (500 000 LE = 50000 Euros)
Le fait de plus marquant et qui constitue un acte très grave c’est
l’attaque commise contre du monastère ABU FANA. à Malaoui (département
de Minyeh Haute- Égypte)- lors de cette attaque commise par des
bédouins arabes installés dans la région ces derniers ont :
1-détruit le jardin et les fermes du monastère
2- saccagé d’une église à l’intérieur du monastère et brûlé plusieurs
bâtiments monastiques
3- enlevé 4 moines loin du monastère, on leur a demandé de cracher sur
la croix tatouée sur leur bras, les ont refusé d’exécuter les arabes
l’ont flageolé- on leur a demandé de prononcer la chahada et se
convertir à l’Islam, les moines ont refusé les arabes l’ont encore
sauvagement battu une fois de plus, laissant leurs femmes et enfant
leur cracher dessus, leur jeter des pierres et les insulter.
4- blésé 4 moines par des tires avec des armes automatiques, car les
assaillants étaient lourdement armés avec des armes automatiques
diverses , armes qui ne se trouvent normalement qu’en mains des forces
publiques ??? 5- les assaillants ont dérobé de l’argent, des objets de
valeurs, et d’autres biens appartenant au monastère, dont la valeur
serait estimée à un million de LE( au dire de Sa Sainteté le Pape
Chenouda dans une déclaration à un journaliste de la télévision
égyptienne.
Pour montrer la complaisance des autorités dans tous les affaires
d’agressions contre des coptes, ou des lieux de culte coptes ou tout
autre bien appartenant à des coptes, dès le début de cet événement
c’est-à -dire vers 17 h les moines ont contacté la police les services
de secours, les ambulances, les pompiers, la préfecture etc... aucune
attention, aucun intérêt ne s’est manifesté de la part des responsables
de ces services avant 20 h. Ce sont les moines eux-mêmes qui ont
transporté leurs frères blessés à l’hôpital. Durant 48 h les moines
n’ont reçu ni de soin, ni de réconfort, le Pape Chenouda a demandé leur
transfert dans hôpital copte au Caire pour être suivis par une équipe
soignante copte, seul moyen d’assurer leur meilleur traitement.
Quelles perspectives ?
Une question se pose désormais : qu’attend le Président Hosni Moubarak
pour réagir à la vague d’agressions dont est victime la communauté
chrétienne d’Egypte depuis plusieurs décennies ? Le moment n’est-il pas
venu d’envisager un débat national sur la citoyenneté et l’instauration
de l’Etat civil ? Les représentants coptes, y compris les plus timides
d’entre eux, réclament ces dispositions depuis des années.
Le régime qui craint un soulèvement de l’opposition
islamiste souterraine s’obstine à ne pas affronter la réalité du
malaise ambiant de la communauté chrétienne la plus importante et la
plus ancienne du Moyen-Orient . Le régime préfère-t-il laisser défouler
les fanatiques sur la population copte paisible et conciliante pour
camoufler les vraies crises alimentaire, éducative, sociale et morale ?
Le régime militaire de Moubarak n’a plus beaucoup de
choix. Il doit donner des gages de sa bonne volonté pour lutter contre
l’extrémisme religieux et l’intolérance qui menacent la globalité de
l’édifice républicain qu’il a toujours rêvé d’incarner. Pour ce faire,
il doit entamer des réformes profondes, singulièrement dans les
systèmes éducatif et médiatique. C’est à la mise en œuvre de ces
démarches que la société internationale doit conditionner l’aide
qu’elle octroie au régime égyptien.
Les demandes des Coptes ne vont pas au delà des droits
de tous les citoyens qui se résument comme suite :
1- L’abrogation de toutes les lois et les règles administratives
réprimant la liberté, affectant le respect des Droits de l’homme et
principalement celle qui concerne l’état d’urgence établi depuis près
d’un quart de siècle et toutes les conséquences judiciaires négatives
qui en résultent.
2- la liberté sans restriction de fonder des partis politiques non
religieux et des associations civiles et l’abrogation de toutes les
lois restrictives à cette liberté.
3- La liberté de publier des journaux et de créer des médias (audibles
et visuels) et l’abrogation de toutes les lois réprimant cette liberté
d’expression.
4- L’adoption immédiate d’une loi commune régissant la construction et
la restauration des lieux de cultes et l’appui de ces institutions dans
la mise en évidence et le respect du principe de l’égalité de tous les
égyptiens devant la loi. Les participants au congrès exigent que tout
acte d’agression(de vandalisme) envers un lieu de culte soit plus
sévèrement puni.
5-La criminalité pour toute incitation à la haine religieuse, ou toute
insulte aux autres croyances. L’aggravation des peines surtout pour
tous ceux qui utilisent les médias gouvernementaux pour commettre ces
crimes et prendre des sanctions contre les responsables officiels et
gouvernementaux de ces organes et de tout autre moyen d’oppression
organes étatiques.
6- Créer des départements d’études coptes dans les universités
égyptiennes en tant que partie intégrante de la culture nationale.
7- L’adoption de politiques correctives de transition pour aborder le
problème de la marginalisation actuelle des femmes, des coptes et de
toute autre minorité, par l’application du principe de discrimination
positive. Prendre les mesures appropriées nécessaires guidées par le
soucis de préserver une représentation correspondante à la présentation
des minorités dans la population du pays quant à la représentation
parlementaire, aussi bien que dans les conseils municipaux et dans les
autres secteurs et organes de l’État.
http://www.oeuvre-orient.fr/article.php3?id_article=389
A propos de l’auteur :
Né en 1940, Wadie Andrawiss est enseignant et historien. Il est
tituliare d’un doctorat en Sciences religieuses (Strasbourg), thèse sur
le "Statut personnel des chrétiens d’Egypte", d’un diplôme de
Civilisation Islamique (Bordeaux III), d’une licence ès-Lettres langue
et littérature Arabe (Paris III La Sorbonne) et d’un D.E.A Histoire des
Religions et Anthropologie Religieuse (La Sorbonne Paris IV).
Enseignant en France et à l’étranger. Son premier poste était au
Collège Saint Antoine de Jérusalem. Son dernier poste était celui de
Directeur pédagogique dans l’Enseignement catholique. Il est historien
spécialisé dans l’histoire des Chrétiens d’Orient en Général et
l’histoire des Coptes en particulier.
Conférencier à la Sorbonne de 1988-1994 dans le cadre de l’Université -
Intér-Âges .Les sujets de ces conférences, divers et variés, traitaient
des Chrétiens d’Orient- de l’Egypte chrétienne, des Lieux Saints de la
Palestines etc... Depuis septembre 2005 , il est conférencier à
l’Université de Tiers Temps de Montpellier et à l’Université de Temps
Libre du Bas Languedoc