Y a-t-il encore un avenir pour les coptes en Egypte?

mardi 8 juillet 2008 Wadie Andrawiss

Les Coptes sont des vrais Egyptiens et sont identifiés à l’Egypte puisqu’ils la portent dans leur nom. « Copte » provient du mot grec « Aiguptoi ». Les Coptes s’honorent d’être les authentiques descendants de la nation pharaonique et les dépositaires de sa culture . En effet, entre la culture copte et celle de l’ancienne Egypte, il y a des liens qui dépassent le seul lien ethnique. Après des millénaires de présence sur la terre de leurs ancêtres, les coptes sont aujourd’hui dans une situation nouvelle, plus cruelle que les massacres et humiliations endurés au fil des temps : celle d’une extinction programmée. C’est une certitude. Les coptes, qui constituent encore la plus importante minorité chrétienne au Proche-Orient sont, de fragiles, devenus extrêmement vulnérables. Leur destin bascule sans que nul ne paraisse en mesure ou n’ait le désir d’empêcher l’accomplissement d’une tragédie. Ce qui se passe actuellement dans l’Egypte du 21e siècle nous rappelle la triste situation des chrétiens lors de la conquête arabe en 642 ou à l’époque du Moyen-Âge.
Mais c’est au gouvernement des Mamelouks que revient le triste privilège d’avoir porté les coups les plus durs à la Chrétienté d’Égypte : destructions, incendies, pillages de monastères et d’églises, massacres aux cours d’émeutes suscitées par des provocateurs, interdiction de monter à cheval, d’occuper un emploi administratif, obligation de porter des turbans bleus et des sonnettes pendues au cou avant d’entrer au bain... " Cette période, qui s’étend de 1250 à 1517, verra s’achever la ruine des Chrétiens au point que la proportion actuelle sera dès lors atteinte, et disparaître la langue copte ". " On peut estimer qu’au début du 21e siècle, les Chrétiens forment entre 12 et 15 millions de la population totale de Égypte estimée 80 millions".
Depuis février 2004 des événements graves se produisent fréquemment en Égypte. Depuis les années 70, des exactions, des agressions et des assassinats se commettent contre les Coptes sans que le régime se préoccupe de la situation. Des villes et des villages(El Zaoya El Hamra, El Khanka, Alexandrie , Le Caire, Guizèh, Samalout, Assiut, Minyeh, Abou Qorqas, Chebin El Côme, Al Fayoum, El Kocheh ville de 40 mille habitants dont 35000 coptes, a connu le massacre de 21 coptes alors qu‘aucune condamnation n‘a eu lieu et les assassins sont connus et vivent librement, Guergua, Quina, Ain Chams, Imbaba, Dayrout,Tahta etc...) ont connu des agressions très graves : Des églises ont été saccagées et incendiées, des magasins, des pharmacies, et des entreprises appartenant à des coptes ont été saccagés et pillés par des foules de musulmans intégristes, respirant la haine et la violence contre des citoyens paisibles, auxquels on reproche seulement d’être chrétiens.
Depuis le 14 octobre, il n y a pas eu un jour qui passe sans que des agressions se produisent contre les coptes. D’autres villes :Alexandrie, Oudayssate, Akhmim, Malaoui, Luxor , El Ayat, au sud du Caire, Les coptes ont été agressés, il y a eu plusieurs morts et des centaines de blessés, des maisons et autres biens ont été incendiés. Les coptes sont restés enfermés dans leurs maisons par peur des foules fanatiques qui ont encerclé les villages . La police souvent complice , au lieu d’intervenir pour aider les faibles, c’est tout le contraire qui se produit. Souvent la police arrête les victimes et relâche les agresseurs. C’est encore à Alexandrie le 14 avril 2006 qui ont eu lieu de graves agressions. C’est pour cela que Les associations coptes dénoncent avec force et indignation les attaques féroces répétées contre les coptes d’Égypte depuis plusieurs années. Les derniers massacres dont ils ont étaient victimes, se sont déroulés vendredi 14 Avril 2006, pendant la prière, dans plusieurs églises d’Alexandrie.
Plusieurs groupements d’intégristes musulmans, portant des épées et des grands couteaux de boucher, ont agressé la population copte pendant les cérémonies religieuses et à la sortie des églises, dans des quartiers différents : l’église saint Pierre saint Marc de Sidi Bichr ; l’église saint Georges, Mar Guirguis d’Al Hadharaa, l’église saint Georges Mar Guirguis de Sporting ; l’église de la Vierge de Généqueliss.
Ces massacres prémédités ont causé la mort d’un citoyen copte, NOSHY ATALLA GUIRGIS, qui faisait sa prière dans l’église à Sidi Bichr, et blessé une vingtaine d’autres dont certains se trouvent encore dans une situation critique.
Les coptes furent victimes d’attaques intégristes le lendemain, samedi 15 - 04 - 06, pendant les funérailles du défunt Noshy Atalla Guirgis, où des milliers de coptes courageux, se sont rassemblés pour enterrer leur mort et crier leur indignation, défiant les menaces des islamistes et des forces de l’ordre, complices des intégristes. Ils ont marché pendant plusieurs kilomètres sans crainte ni peur de la mort, pour défendre leur dignité. Ils ont brandit tout au long des funérailles des Croix en bois, et ont porté des pancartes dénonçant leur traitement de citoyens de seconde zone, leur discrimination à tous niveaux de leur vie politique, économique, administrative et sociale.

Le président Moubarak s’est exprimé après les événements d’Alexandrie pour rassurer les coptes. « Personne ne peut porter atteinte à l’union entre les musulmans et les chrétiens » a-t-il assuré, promettant de punir « les coupables avec la force de la loi et avec fermeté ». Aucune condamnation n’est prononcé, il paraît que les attaques ont été commises par des fous ??? Des fous qui savaient ce qu’ils faisaient, car ils n’ont choisi que des églises à attaquer et des coptes à massacrer, drôle de folie !!! Des jeunes filles chrétiennes sont enlevées et forcées à se convertir à l’islam. On estime leur nombre à plusieurs centaines. Les parents, les Associations des Droit de l’Homme, mouvements civils, des écrivains libéraux ont adressé des appels aux Présidents de la République au Ministre de l’Intérieur, aux Autorités religieuses du pays, qui sont restés sans réponses. La police souvent complice , curieusement, au lieu d’intervenir pour aider les faibles, c’est tout le contraire qui se produise. Souvent la police arrête les victimes et relâche les agresseurs. Dans cette situation difficile, les Coptes gardent une attitude admirable, de maîtrise d’eux-mêmes, ils ne réclament pas vengeance ; au contraire, ils veulent être traités avec justice et vivrent comme des véritables citoyens égaux avec leurs compatriotes musulmans en droit et en devoir. Ils ne veulent pas se laisser piéger par la provocation des intégristes , leurs agresseurs, ils refusent de vivre le drame nationale du Liban de guerre civile qui a duré quinze ans. Ils proclament leur volonté de rappeler que La Constitution de La République d’Égypte leur accorde les mêmes droits qu’à leurs concitoyens musulmans. Depuis le 28 mai 2008 les agressions et les violences ont repris de plus belle contre les Coptes :

-  Assassinat de 4 bijoutiers coptes à Zaytoun par deux personnes cagoulées le 28 mai 2008 à 12 h. L’enquête policière, comme d’habitude n’a pas donné de résultats

-  l’attaque d’une autre bijouterie à Alexandrie le jour suivant, par une femme avec une arme blanche obligeant le propriétaire à lui remettre le contenu de la caisse (500 000 LE = 50000 Euros)
Le fait de plus marquant et qui constitue un acte très grave c’est l’attaque commise contre du monastère ABU FANA. à Malaoui (département de Minyeh Haute- Égypte)- lors de cette attaque commise par des bédouins arabes installés dans la région ces derniers ont :
1-détruit le jardin et les fermes du monastère
2- saccagé d’une église à l’intérieur du monastère et brûlé plusieurs bâtiments monastiques
3- enlevé 4 moines loin du monastère, on leur a demandé de cracher sur la croix tatouée sur leur bras, les ont refusé d’exécuter les arabes l’ont flageolé- on leur a demandé de prononcer la chahada et se convertir à l’Islam, les moines ont refusé les arabes l’ont encore sauvagement battu une fois de plus, laissant leurs femmes et enfant leur cracher dessus, leur jeter des pierres et les insulter.
4- blésé 4 moines par des tires avec des armes automatiques, car les assaillants étaient lourdement armés avec des armes automatiques diverses , armes qui ne se trouvent normalement qu’en mains des forces publiques ??? 5- les assaillants ont dérobé de l’argent, des objets de valeurs, et d’autres biens appartenant au monastère, dont la valeur serait estimée à un million de LE( au dire de Sa Sainteté le Pape Chenouda dans une déclaration à un journaliste de la télévision égyptienne.
Pour montrer la complaisance des autorités dans tous les affaires d’agressions contre des coptes, ou des lieux de culte coptes ou tout autre bien appartenant à des coptes, dès le début de cet événement c’est-à -dire vers 17 h les moines ont contacté la police les services de secours, les ambulances, les pompiers, la préfecture etc... aucune attention, aucun intérêt ne s’est manifesté de la part des responsables de ces services avant 20 h. Ce sont les moines eux-mêmes qui ont transporté leurs frères blessés à l’hôpital. Durant 48 h les moines n’ont reçu ni de soin, ni de réconfort, le Pape Chenouda a demandé leur transfert dans hôpital copte au Caire pour être suivis par une équipe soignante copte, seul moyen d’assurer leur meilleur traitement.

Quelles perspectives ?
Une question se pose désormais : qu’attend le Président Hosni Moubarak pour réagir à la vague d’agressions dont est victime la communauté chrétienne d’Egypte depuis plusieurs décennies ? Le moment n’est-il pas venu d’envisager un débat national sur la citoyenneté et l’instauration de l’Etat civil ? Les représentants coptes, y compris les plus timides d’entre eux, réclament ces dispositions depuis des années.

Le régime qui craint un soulèvement de l’opposition islamiste souterraine s’obstine à ne pas affronter la réalité du malaise ambiant de la communauté chrétienne la plus importante et la plus ancienne du Moyen-Orient . Le régime préfère-t-il laisser défouler les fanatiques sur la population copte paisible et conciliante pour camoufler les vraies crises alimentaire, éducative, sociale et morale ?

Le régime militaire de Moubarak n’a plus beaucoup de choix. Il doit donner des gages de sa bonne volonté pour lutter contre l’extrémisme religieux et l’intolérance qui menacent la globalité de l’édifice républicain qu’il a toujours rêvé d’incarner. Pour ce faire, il doit entamer des réformes profondes, singulièrement dans les systèmes éducatif et médiatique. C’est à la mise en œuvre de ces démarches que la société internationale doit conditionner l’aide qu’elle octroie au régime égyptien.

Les demandes des Coptes ne vont pas au delà des droits de tous les citoyens qui se résument comme suite :
1- L’abrogation de toutes les lois et les règles administratives réprimant la liberté, affectant le respect des Droits de l’homme et principalement celle qui concerne l’état d’urgence établi depuis près d’un quart de siècle et toutes les conséquences judiciaires négatives qui en résultent.
2- la liberté sans restriction de fonder des partis politiques non religieux et des associations civiles et l’abrogation de toutes les lois restrictives à cette liberté.
3- La liberté de publier des journaux et de créer des médias (audibles et visuels) et l’abrogation de toutes les lois réprimant cette liberté d’expression.
4- L’adoption immédiate d’une loi commune régissant la construction et la restauration des lieux de cultes et l’appui de ces institutions dans la mise en évidence et le respect du principe de l’égalité de tous les égyptiens devant la loi. Les participants au congrès exigent que tout acte d’agression(de vandalisme) envers un lieu de culte soit plus sévèrement puni.
5-La criminalité pour toute incitation à la haine religieuse, ou toute insulte aux autres croyances. L’aggravation des peines surtout pour tous ceux qui utilisent les médias gouvernementaux pour commettre ces crimes et prendre des sanctions contre les responsables officiels et gouvernementaux de ces organes et de tout autre moyen d’oppression organes étatiques.
6- Créer des départements d’études coptes dans les universités égyptiennes en tant que partie intégrante de la culture nationale.
7- L’adoption de politiques correctives de transition pour aborder le problème de la marginalisation actuelle des femmes, des coptes et de toute autre minorité, par l’application du principe de discrimination positive. Prendre les mesures appropriées nécessaires guidées par le soucis de préserver une représentation correspondante à la présentation des minorités dans la population du pays quant à la représentation parlementaire, aussi bien que dans les conseils municipaux et dans les autres secteurs et organes de l’État.

http://www.oeuvre-orient.fr/article.php3?id_article=389

A propos de l’auteur :
Né en 1940, Wadie Andrawiss est enseignant et historien. Il est tituliare d’un doctorat en Sciences religieuses (Strasbourg), thèse sur le "Statut personnel des chrétiens d’Egypte", d’un diplôme de Civilisation Islamique (Bordeaux III), d’une licence ès-Lettres langue et littérature Arabe (Paris III La Sorbonne) et d’un D.E.A Histoire des Religions et Anthropologie Religieuse (La Sorbonne Paris IV).
Enseignant en France et à l’étranger. Son premier poste était au Collège Saint Antoine de Jérusalem. Son dernier poste était celui de Directeur pédagogique dans l’Enseignement catholique. Il est historien spécialisé dans l’histoire des Chrétiens d’Orient en Général et l’histoire des Coptes en particulier.
Conférencier à la Sorbonne de 1988-1994 dans le cadre de l’Université - Intér-Âges .Les sujets de ces conférences, divers et variés, traitaient des Chrétiens d’Orient- de l’Egypte chrétienne, des Lieux Saints de la Palestines etc... Depuis septembre 2005 , il est conférencier à l’Université de Tiers Temps de Montpellier et à l’Université de Temps Libre du Bas Languedoc